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Jean-Claude COMMENCHAL     

 Expert spécialiste des étains du Moyen-Âge à l'Art Nouveau

"LA CHINE"...

Les sentiers de « la chine » sont souvent parsemés d’embûches et il serait illusoire en quelques lignes de prétendre donner au lecteur la possibilité de déjouer tous les pièges. Mon vœu est de vous faire éviter les plus grossières erreurs …

 

Mon premier conseil est le suivant : L’acheteur doit savoir qu’il est en droit d’exiger du vendeur professionnel une facture descriptive détaillée précisant, et c’est un minimum, l’époque et l’état de conservation.

 

Mais si vous « chinez » les petites brocantes, foires à tout et autres vide-greniers, une telle garantie est bien difficile à obtenir et j’invite les acheteurs à la prudence. Il convient d’examiner la forme de l’objet, l’alliage dont il est fait, les poinçons ou marques diverses qu’il peut présenter, la qualité de la fonte, la patine, …Votre bon sens et votre logique doivent guider cet examen. Si ces qualités ne peuvent remplacer de vraies compétences, elles vous éviteront en principe les plus grossières erreurs. Votre bon sens et votre logique vous feront donc ainsi rejeter les objets aux formes fantaisistes, à l’alliage de mauvaise qualité ou de densité anormalement élevée. Ces objets laissent souvent apparaître de grossiers défauts de fonte et des marbrures provoquées artificiellement par des traitements chimiques. Ils sont souvent porteurs de nombreux poinçons (trop) non moins fantaisistes, arborant par exemple de grandes fleurs de lis complaisantes, des marques indistinctes ou des graphismes très modernistes.

 

Le véritable danger pour l’amateur débutant apparaît quand il se trouve en présence d’objets reproduisant des formes anciennes dans un alliage de bonne qualité. Dans ce cas, quelques connaissances de bases bien comprises sur les formes et les différents types de poinçonnages utilisés jadis suffiront à faire la preuve de la supercherie. On s’apercevra par exemple que les poinçons sont trop voyants, contradictoires, frappés à des endroits inhabituels …C’est ainsi que vous découvrirez qu’un poinçon du type en usage dans telle région ou tel centre aura été apposé sur un objet caractéristique d’une autre région ou d’un autre centre ; ou bien encore un poinçon en usage au XVII ème siècle frappé sur une pièce d’un style bien postérieur … ou inversement. Mais hélas, d’autres contrefaçons, « bidouillages » ou « améliorations » peuvent s’avérer plus subtiles.

En voici quelques exemples :

- un plat « à la cardinal » dont seul le fond (découpé sur une assiette en mauvais état par exemple) est authentique et l’aile moderne

- des pichets dont le couvercle manquant est remplacé par un autre découpé dans une pièce ancienne poinçonnée ou non, ou bien encore qu’on ampute de ses charnons pour en faire un pot à eau.

- d’authentiques poinçons sincèrement apposés peuvent être « améliorés ». On peut ainsi facilement transformer un millésime 1691 en 1601, 1781 en 1721 … etc.

- d’authentiques matrices de poinçons anciens non détruites peuvent aussi être frappées sur de pièces récentes.

 

Tous les cas de figure de la tricherie ne peuvent être passés en revue et les faussaires, s’ils ne manquent pas d’imagination, ne sont cependant pas infaillibles et comme les criminels, commettent toujours une erreur. De plus, un objet vieux de deux, trois ou quatre siècles en garde inévitablement des traces, coups, rayures, usures, oxydations, restaurations … etc. Ces altérations sont quasiment impossibles à imiter avec suffisamment de réalisme et là encore il faut faire appel au bon sens et à la logique. En effet, le chiffon de la ménagère ne frotte pas toutes les parties avec la même force et les usures doivent coïncider avec les manipulations fonctionnelles de l’objet, les traces laissées par les chocs, chutes et petits accidents divers ne peuvent à l’évidence avoir affecté des parties protégées par la forme même de l’objet. Toute constatation contraire à ces quelques points doit éveiller votre méfiance.

 

Jean-Claude COMMENCHAL

ANALYSE D'UNE COPIE  Exemple N° 1

Cette petite chope est une copie du XX ème s.

Fidèle à l'original quant à la taille et au décor, et porteuse d'un poinçon non identifié mais cependant plausible, elle est donc dangereuse.

Quelques unes sont apparues sur le marché ces dernières années.

 

Analyse critique

 

L'examen en grossissement du fond des traits de gravure montre de petites granulations incompatibles avec cette technique. En effet, le passage du ciseau du graveur ne peut laisser subsister de tels témoins qui sont en fait la preuve d'un surmoulage effectué sur une chope authentique du XVII ème s.

Les macro photographies ci-jointes mettent en évidence ces granulations rédhibitoires.

ANALYSE D'UNE COPIE  Exemple N° 2

DESCRIPTION

 

Ce plat est porteur d'un improbable motif de type armorial estampé peu habituel dans la production parisienne et des copies du poinçon de Louis PELTIER reçu maître à Paris en 1720 ainsi que du contrôle de Paris millésimé 1726, (colonne du centre)

 

ANALYSE

 

Leur comparaison avec les poinçons authentiques (colonne de droite) ne laisse aucun doute, il s'agit bien de contrefaçons. Vous pourrez examiner ci-contre les différences entre les marques authentiques et les contrefaites. De plus, les emplacements où elles sont apposées sont tout aussi inhabituels. Les poinçons parisiens sont généralement frappés au revers de l'aile des plateries, jamais sur le devant ni au centre du revers. 

Enfin, ce plat présente des impacts suspects au centre sans qu'aucunes traces de de couteau n'y soient cependant visibles, ainsi qu'un revers noirâtre obtenu chimiquement pour simuler artificiellement un vieillissement.

Cependant, l'alliage est de bonne qualité et les marques très plausibles, ce qui confère à cet objet un caractère "dangereux" susceptible de tromper quelques amateurs insuffisamment éclairés.